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Bioplastiques à base de chanvre : innovations dans le domaine des matériaux durables

Le chanvre, autrefois perçu comme une plante paysanne, s’impose aujourd’hui comme un pilier de l’innovation verte. Au cœur de la transition écologique, il offre une alternative crédible aux plastiques issus du pétrole. Des laboratoires aux ateliers d’artisans, des constructeurs automobiles aux designers éco-responsables, le bioplastique de chanvre réinvente notre rapport à la matière — plus légère, plus résistante, et surtout plus respectueuse de la vie.


🌱 De la tige à la molécule : la révolution des biopolymères

Les bioplastiques de chanvre naissent d’un mariage entre tradition agricole et ingénierie moderne. À partir de la cellulose contenue dans la tige, on obtient des fibres et des microfibrilles capables de remplacer le plastique classique dans de multiples usages : emballages, pièces automobiles, mobilier, électronique, ou même impression 3D.

Le principe est simple : la cellulose du chanvre, purifiée et parfois combinée à d’autres polymères biosourcés comme l’amidon ou l’acide polylactique (PLA), forme une matrice solide, souple ou rigide selon les besoins. Résultat : des matériaux biodégradables, compostables et au bilan carbone largement positif.

Mais ce processus requiert un véritable savoir-faire. Les fibres de chanvre sont d’abord séparées, lavées, puis réduites mécaniquement ou chimiquement pour extraire la cellulose. Celle-ci représente environ 65 à 75 % du poids sec de la tige, un rendement supérieur à celui du bois ou du coton. Cette cellulose devient alors la base de polymères naturels qui, mélangés à des résines biosourcées, donnent naissance à une famille entière de bioplastiques de nouvelle génération.


⚙️ Une histoire d’ingéniosité : du celluloïd aux composites modernes

Dès le XIXᵉ siècle, les chimistes s’émerveillaient déjà des propriétés de la cellulose de chanvre. En 1862, Alexander Parkes inventait le Parkésine, premier plastique naturel à base de cellulose végétale. Quelques décennies plus tard, le celluloïd, ancêtre du plastique moderne, utilisait souvent des dérivés de plantes comme le chanvre ou le coton.
Ce matériau, employé pour les peignes, les manches de couteaux, les pellicules photo et les jouets, ouvrait la voie à un nouveau monde où la nature se faisait matière à façonner.

Au XXᵉ siècle, l’industrie pétrochimique a peu à peu éclipsé ces innovations végétales. Pourtant, l’idée n’a jamais totalement disparu. Dans les années 1940, Henry Ford fit sensation en présentant une voiture dont la carrosserie était partiellement fabriquée à base de fibres de chanvre, soja et lin, recouverte d’une résine naturelle et alimentée… au biodiesel de chanvre.
Une démonstration avant-gardiste, tombée dans l’oubli avec la domination du pétrole.

Aujourd’hui, les bioplastiques de chanvre reprennent ce flambeau historique. Les constructeurs automobiles comme BMW, Mercedes-Benz ou Audi intègrent déjà des fibres de chanvre dans leurs intérieurs de porte, tableaux de bord et panneaux composites.
L’industrie du design et du packaging, quant à elle, expérimente des matériaux 100 % compostables pour remplacer le polystyrène et le plastique à usage unique.


🌍 Applications contemporaines : de l’emballage à l’impression 3D

Les innovations s’accélèrent. En France, plusieurs startups transforment la cellulose et la lignine du chanvre en granulés biodégradables pour l’industrie plastique. Ces biopolymères peuvent être moulés, extrudés ou imprimés en 3D, ouvrant la voie à une fabrication locale et circulaire.

  • Emballages alimentaires : films transparents compostables et barquettes biodégradables, capables de se dégrader naturellement en moins de six mois.
  • Construction et design : panneaux légers, lampes, meubles écologiques combinant chanvre et résines naturelles.
  • Technologie et transport : boîtiers électroniques, pièces automobiles renforcées, ou structures d’aéronefs plus légères.
  • Mode et accessoires : lunettes, bijoux, montures ou boutons à base de biocomposites.

Certaines entreprises françaises comme Hemp Plastic Company, Lemoine Technologies ou Cavac Biomatériaux développent déjà des granulés thermoplastiques à base de chanvre pouvant remplacer le polypropylène et le polyéthylène. Ces innovations permettent de réduire jusqu’à 70 % les émissions de CO₂ par rapport à un plastique classique.

Chaque innovation s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : les déchets agricoles de chanvre deviennent matière première pour de nouveaux produits durables, refermant ainsi le cycle de la matière.


🔬 Une matière du futur : nanocellulose et biocomposites intelligents

Les recherches actuelles vont encore plus loin. En réduisant les fibres de chanvre à l’échelle nanométrique, on obtient une nanocellulose d’une résistance exceptionnelle, plus solide que l’acier à masse égale.
Cette nanomatière, légère et flexible, trouve des applications dans l’aéronautique, les batteries, les textiles techniques et les emballages “intelligents” capables de détecter l’humidité ou la chaleur.

Les biocomposites de chanvre allient ainsi performance mécanique, légèreté et biodégradabilité. Leur module de Young, indicateur de rigidité, peut atteindre 70 GPa pour certaines fibres, rivalisant avec les fibres de verre.
Les chercheurs explorent aussi les liants naturels à base de lignine ou de protéines végétales, pour remplacer les résines synthétiques et réduire encore la dépendance aux hydrocarbures.

Dans les laboratoires européens, on teste aujourd’hui des films de nanocellulose de chanvre pour la microélectronique, les écrans souples et les batteries organiques. Ces matériaux, transparents et conducteurs, pourraient un jour remplacer certaines composantes des circuits imprimés et réduire l’empreinte écologique des technologies de pointe.


🌾 Une filière d’avenir pour la France et l’Europe

La France, premier producteur européen de chanvre industriel, bénéficie d’un avantage stratégique majeur.
En 2024, plus de 25 000 hectares étaient consacrés à cette culture, portée par une cinquantaine de coopératives et entreprises de transformation.
Les pôles de recherche tels que INRAE, CEA Tech, Université de Reims Champagne-Ardenne (via le pôle IAR — Industries & Agro-Ressources) ou IRT Jules Verne étudient déjà les procédés d’industrialisation à grande échelle.

Des initiatives comme Canovatech, Bast Fibre Technologies ou Naturamaterials explorent de nouvelles chaînes de valeur fondées sur des circuits courts : le chanvre cultivé localement devient matière pour les industries régionales, limitant le transport et valorisant chaque partie de la plante — de la graine à la fibre.

L’objectif à moyen terme : développer des bioplastiques 100 % français, issus de cultures locales et recyclables dans une boucle courte. Une perspective qui redonne sens à l’agriculture et au design industriel.


🌿 Une matière symbole de circularité

Dans un monde saturé de plastique fossile, le chanvre réapparaît comme une réponse claire et cohérente. Il pousse vite, absorbe le CO₂, régénère les sols et redonne vie à des territoires ruraux.
Transformé en bioplastique, il devient le symbole d’une circularité retrouvée — celle d’une matière vivante qui ne laisse pas de trace.

Le bioplastique de chanvre ne se contente pas d’être un matériau : il incarne une vision du monde. Celle d’une économie où la nature n’est plus une ressource à exploiter, mais un partenaire à écouter et à régénérer.