Home / Actualité & Société / Portraits & interviews / Les femmes du chanvre : entrepreneures et pionnières vertes — Portraits de figures féminines qui transforment la filière

Les femmes du chanvre : entrepreneures et pionnières vertes — Portraits de figures féminines qui transforment la filière

Elles sèment, transforment, innovent. À travers le monde, des femmes redonnent au chanvre sa place d’honneur dans la transition écologique et sociale. Agricultrices, chercheuses, ingénieures ou entrepreneures, elles partagent une même conviction : celle que cette plante ancienne porte en elle l’avenir durable dont notre époque a besoin.

De la Bretagne aux contreforts de l’Himalaya, des laboratoires québécois aux champs africains, leurs voix résonnent comme une polyphonie verte — une révolution douce menée au féminin.


🌿 Terre, savoir et réinvention

En France, Marie-Sophie Pawlak, fondatrice de La Maison du Chanvre et présidente de l’association Elles bougent, milite depuis plus de vingt ans pour rapprocher sciences, industrie et égalité. Pour elle, le chanvre est une matière d’avenir « parce qu’il relie la technique et le vivant ». Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle (2023), elle déclarait :

« Ce n’est pas une plante du passé, c’est une plante du futur : locale, propre, intelligente. »

À Châteaubourg, Laure Bouguen, fondatrice de la marque bretonne HO KARAN — « Je vous aime » en breton — incarne une nouvelle génération d’entrepreneures conscientes. Née dans une famille de chanvriers, elle a choisi de replacer le chanvre au cœur de la cosmétique naturelle. Dans une interview à Forbes France (2021), elle confiait :

« Le chanvre m’a appris la patience et la cohérence. C’est une plante entière, qu’on ne peut comprendre qu’en respectant ses cycles. »

Ces paroles font écho à celles de Céline Régnier, chercheuse à l’INRAE, spécialiste des fibres naturelles :

« Le chanvre représente l’équilibre parfait entre performance technique et durabilité écologique. »
Sous son impulsion, plusieurs projets collaboratifs français et européens visent à optimiser les débouchés de la fibre de chanvre pour le textile, le bâtiment et les biocomposites.


🧵 Du fil à la peau : créativité et éthique

À Bruxelles, Anne-Sophie Guillet a fondé Frenchy H, une marque de textile écologique 100 % chanvre. Elle parle d’une « matière qui respire la Terre ». Ses créations sont confectionnées dans des ateliers solidaires, entre la France et la Belgique, et racontent un retour à la lenteur du geste.

« Porter du chanvre, c’est renouer avec le rythme du vivant », dit-elle dans Marie Claire Belgique (2022).

Dans les vallées de l’Himachal Pradesh, Rupa Mehta a relancé un artisanat traditionnel oublié. Ses tisserandes indiennes cultivent, filent et tissent le chanvre à la main, perpétuant des gestes millénaires. En 2024, elle déclarait dans The Hindu :

« Nos métiers à tisser ne produisent pas seulement du tissu, ils recréent du lien. »

Cette dimension humaine et culturelle traverse toutes les initiatives portées par les femmes du chanvre : une économie de sens, où le geste artisanal rejoint l’innovation technologique.


⚙️ Recherche, industrie et innovation verte

De l’autre côté de l’Atlantique, Joy Beckerman, ancienne présidente de la Hemp Industries Association aux États-Unis, milite depuis plus de trente ans pour la réhabilitation industrielle du chanvre. Juriste et consultante, elle œuvre à la normalisation des procédés et à la reconnaissance internationale de la plante.

« Chaque fibre de chanvre est une promesse d’équilibre entre économie et écologie », déclarait-elle lors de la NOCO Hemp Expo 2022.

Au Canada, Caren Kershner, cofondatrice de Blue Sky Hemp Ventures, développe des procédés d’extraction durable pour les protéines et huiles de chanvre. Sa vision : « remplacer les produits fossiles par des solutions naturelles performantes ».

Et en Afrique de l’Ouest, Joséphine Kouamé, ingénieure ivoirienne, a fondé une coopérative de femmes productrices de matériaux biosourcés à base de chanvre et de kenaf. Leur projet a reçu le soutien du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en 2023.

« Le chanvre, c’est notre levier d’indépendance et d’éducation. Nous apprenons à nos filles à construire autrement. »


🌱 Transmission, inclusion et éducation

Au-delà de l’entrepreneuriat, ces femmes portent une vision : celle d’une société régénérative. Elles créent des formations, animent des ateliers de vulgarisation, accompagnent des coopératives rurales.
Leur combat dépasse la plante : il touche à la place des femmes dans les métiers de la terre, de la science et de l’innovation.

Dans les écoles d’ingénieurs, les salons professionnels et les forums écologiques, elles inspirent une génération entière de jeunes femmes. En 2025, un rapport de la European Industrial Hemp Association notait que près de 38 % des nouvelles entreprises de la filière chanvre en Europe sont aujourd’hui dirigées par des femmes — un chiffre en forte progression depuis 2018.


🌍 L’avenir au féminin pluriel

À travers leurs parcours, se dessine une évidence : le renouveau du chanvre est indissociable d’une vision féminine du monde — pragmatique, sensible, circulaire.

Elles n’opposent pas nature et industrie, mais les réconcilient ; elles ne cherchent pas la domination, mais la symbiose. Leur regard porte sur la terre, les générations futures, et le besoin d’un progrès plus humain.

Le chanvre, sous leurs mains, devient une métaphore : celle d’une société qui tisse à nouveau les fils de la nature et de l’innovation.